{"id":1549,"date":"2026-08-02T00:08:52","date_gmt":"2026-08-02T00:08:52","guid":{"rendered":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/?p=1549"},"modified":"2026-08-02T00:08:52","modified_gmt":"2026-08-02T00:08:52","slug":"benedita-the-fighter-from-vassouras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/?p=1549","title":{"rendered":"Benedita, the fighter from Vassouras"},"content":{"rendered":"<p>Tout le monde a ri lorsqu\u2019un agriculteur a pay\u00e9 seulement sept centimes pour une femme de pr\u00e8s de deux m\u00e8tres, consid\u00e9r\u00e9e comme inutile par les autres acheteurs. On disait qu\u2019aucun travail ne lui convenait, que sa force \u00e9tait mal dirig\u00e9e et qu\u2019elle ne causerait que des pertes.<\/p>\n<p>Mais Joaquim Lacerda ne l\u2019a pas regard\u00e9e comme les autres. L\u00e0 o\u00f9 les acheteurs voyaient un probl\u00e8me, lui semblait voir autre chose : une force brute, encore sans direction, mais capable de devenir une arme.<\/p>\n<p>Cette femme s\u2019appelait Benedita. Et cette vente, qui devait \u00eatre une humiliation de plus, allait changer son destin.<\/p>\n<p>Un march\u00e9 d\u2019esclaves \u00e0 Vassouras, en 1857<br \/>\nLa sc\u00e8ne se d\u00e9roule en f\u00e9vrier 1857, sur la place centrale de Vassouras, dans l\u2019int\u00e9rieur de Rio de Janeiro. Le Vale do Para\u00edba vivait alors au rythme du caf\u00e9, de la poussi\u00e8re, de la chaleur et de la violence d\u2019un syst\u00e8me fond\u00e9 sur l\u2019esclavage.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, des hommes, des femmes et des enfants \u00e9taient expos\u00e9s sur une estrade de bois, trait\u00e9s comme du b\u00e9tail sous les regards des acheteurs. Le commissaire-priseur, un homme gros \u00e0 la moustache recourb\u00e9e et \u00e0 la voix aigu\u00eb, annon\u00e7ait chaque lot avec l\u2019\u00e9nergie d\u2019un marchand s\u00fbr de sa marchandise.<\/p>\n<p>Quand vint le tour de Benedita, le silence se fit. Non par admiration, mais par malaise.<\/p>\n<p>Elle mesurait environ 1,95 m, peut-\u00eatre davantage. Ses \u00e9paules \u00e9taient larges, ses mains immenses, ses pieds nus marquaient profond\u00e9ment le bois de l\u2019estrade. Son v\u00eatement d\u00e9chir\u00e9 de coton brut couvrait \u00e0 peine son corps anguleux, marqu\u00e9 par la faim, le travail forc\u00e9 et les cicatrices.<\/p>\n<p>Ses cheveux noirs \u00e9taient ras\u00e9s tr\u00e8s court. Ses yeux sombres ne se posaient sur personne. Ils semblaient fixer un horizon invisible, comme si elle se trouvait d\u00e9j\u00e0 ailleurs.<\/p>\n<p>Le commissaire-priseur annon\u00e7a son nom, son \u00e2ge et son origine : Benedita, vingt-trois ans, venue du Rec\u00f4ncavo baiano. Forte comme un b\u0153uf, mais jug\u00e9e impossible \u00e0 contr\u00f4ler. Elle avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e dans quatre propri\u00e9t\u00e9s. Aucun contrema\u00eetre, disait-on, n\u2019\u00e9tait parvenu \u00e0 la dompter.<\/p>\n<p>Personne ne voulut d\u2019elle.<\/p>\n<p>Les prix tomb\u00e8rent. Cinq r\u00e9is, trois r\u00e9is, deux r\u00e9is, un r\u00e9is. Toujours rien.<\/p>\n<p>Puis une voix grave s\u2019\u00e9leva au fond de la place :<\/p>\n<p>\u00ab Sept centimes. \u00bb<\/p>\n<p>Joaquim Lacerda, l\u2019homme qui vit autre chose<br \/>\nLa voix appartenait \u00e0 Joaquim Lacerda, propri\u00e9taire de la quinta de Santo Ant\u00f3nio, une exploitation moyenne de 320 hectares de caf\u00e9, avec environ quatre-vingts travailleurs forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Joaquim avait un peu plus de cinquante ans. Ses cheveux grisonnaient, sa barbe \u00e9tait soign\u00e9e, ses v\u00eatements simples mais propres. Il n\u2019\u00e9tait ni l\u2019un des plus riches, ni l\u2019un des plus puissants. C\u2019\u00e9tait un homme qui survivait sur une terre endett\u00e9e, calculant chaque d\u00e9pense, chaque r\u00e9colte, chaque perte possible.<\/p>\n<p>Les autres acheteurs rirent. Sept centimes pour cette femme qu\u2019ils consid\u00e9raient comme inutilisable. \u00c0 leurs yeux, Joaquim devenait s\u00e9nile.<\/p>\n<p>Le commissaire-priseur, soulag\u00e9 de ne pas devoir rendre la marchandise, frappa le marteau. Benedita fut vendue.<\/p>\n<p>Joaquim monta sur l\u2019estrade, prit la cha\u00eene attach\u00e9e \u00e0 sa cheville et l\u2019emmena. Elle le suivit sans parler, l\u2019expression vide.<\/p>\n<p>Ils march\u00e8rent trois kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 la quinta. Joaquim avan\u00e7ait sur son vieux cheval bai. Benedita suivait \u00e0 pied, encha\u00een\u00e9e, les pieds saignant sur la route de terre battue.<\/p>\n<p>\u00c0 leur arriv\u00e9e, le soleil d\u00e9clinait. Le ciel \u00e9tait teint\u00e9 d\u2019orange et de violet. Joaquim descendit de cheval, l\u2019attacha, puis conduisit Benedita directement vers la grange.<\/p>\n<p>Une proposition inattendue<br \/>\nLa grange \u00e9tait une grande construction de bois o\u00f9 l\u2019on entreposait outils, sacs de caf\u00e9 et quelques animaux. Joaquim ferma la porte, alluma une lampe \u00e0 p\u00e9trole, puis s\u2019assit sur un tabouret.<\/p>\n<p>Il observa Benedita longuement avant de poser une question simple :<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais lire ? \u00bb<\/p>\n<p>Elle ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n<p>Il tenta encore :<\/p>\n<p>\u00ab Tu sais te battre ? \u00bb<\/p>\n<p>Cette fois, quelque chose passa dans son regard. Presque rien, mais assez pour que Joaquim le remarque.<\/p>\n<p>Il alla chercher une large lame de chasse, la tint par la partie m\u00e9tallique et tendit le manche vers elle. Benedita ne la prit pas. Elle le regarda avec m\u00e9fiance.<\/p>\n<p>Joaquim posa alors la lame au sol, entre eux, et recula.<\/p>\n<p>Il lui expliqua qu\u2019il ne voulait ni la blesser, ni l\u2019envoyer aux champs. Il avait un autre projet, mais il avait besoin qu\u2019elle lui accorde un minimum de confiance, au moins pour cette nuit.<\/p>\n<p>Il lui raconta ensuite son histoire. Dix ans plus t\u00f4t, il avait eu un fils unique, Vicente, un gar\u00e7on intelligent et courageux. Un jour, en revenant de la ville, ils avaient \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s par des bandits. Vicente avait tent\u00e9 de d\u00e9fendre son p\u00e8re et avait re\u00e7u un coup de couteau dans la poitrine. Il \u00e9tait mort dans les bras de Joaquim.<\/p>\n<p>Trois ans plus tard, l\u2019\u00e9pouse de Joaquim \u00e9tait morte de fi\u00e8vre. Il \u00e9tait rest\u00e9 seul, avec sa terre, sa douleur et une dette de 12 contos de r\u00e9is envers le baron de Ara\u00fajo, l\u2019homme le plus puissant de la r\u00e9gion.<br \/>\nLe tournoi du baron de Ara\u00fajo<br \/>\nJoaquim expliqua alors l\u2019occasion qui pouvait tout changer. Le baron avait une fille, Eduarda, \u00e2g\u00e9e de vingt-deux ans. Contrairement aux autres femmes de son milieu, elle aimait monter \u00e0 cheval, chasser, se battre et parier.<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, elle organisait un tournoi dans la propri\u00e9t\u00e9 de son p\u00e8re. Des combattants de toute la r\u00e9gion venaient s\u2019y mesurer : boxe, lutte libre et autres formes de combat. Le vainqueur remportait 100 contos de r\u00e9is.<\/p>\n<p>Cette somme suffirait \u00e0 payer la dette de Joaquim, \u00e0 restaurer la quinta et \u00e0 lui permettre de tenir pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Mais Joaquim ne savait pas se battre. Il \u00e9tait vieux, affaibli, sans chance r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Il dit alors \u00e0 Benedita ce qu\u2019il avait vu en elle : non pas une femme inutile, mais une combattante. Une force que personne n\u2019avait su comprendre, parce que personne ne lui avait jamais donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de l\u2019utiliser pour elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Son offre \u00e9tait claire : il la formerait en secret pour le tournoi. Si elle gagnait, il partagerait le prix avec elle. La moiti\u00e9 lui reviendrait, soit 50 contos, assez pour acheter son affranchissement et recommencer ailleurs.<\/p>\n<p>Benedita demanda ce qui se passerait si elle perdait.<\/p>\n<p>Joaquim r\u00e9pondit qu\u2019ils perdraient ensemble. Lui perdrait la quinta. Elle risquerait d\u2019\u00eatre revendue. Mais au moins, ils auraient essay\u00e9.<\/p>\n<p>Elle ne lui faisait pas confiance. Pourtant, elle n\u2019avait pas beaucoup d\u2019autres choix. Quelque chose dans la voix de Joaquim, une fatigue honn\u00eate et une douleur reconnaissable, lui fit penser qu\u2019il disait peut-\u00eatre la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle accepta, avec une menace simple :<\/p>\n<p>\u00ab Je me bats. Mais si tu me trahis, je te tue. \u00bb<\/p>\n<p>L\u2019entra\u00eenement secret de Benedita<br \/>\nD\u00e8s le lendemain, Joaquim r\u00e9veilla Benedita avant l\u2019aube. Il l\u2019emmena dans une clairi\u00e8re cach\u00e9e, \u00e0 l\u2019\u00e9cart des regards, et improvisa un ring avec des cordes attach\u00e9es entre les arbres.<\/p>\n<nav aria-label=\"Page navigation\"><\/nav>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p>Il apporta des sacs de sable pour les coups, des morceaux de bois \u00e0 briser, et de vieux livres de pugilat qu\u2019il avait gard\u00e9s depuis sa jeunesse. Il ne savait pas appliquer lui-m\u00eame toutes les techniques, mais il en connaissait la th\u00e9orie : positions, mouvements, esquives, attaques.<\/p>\n<p>Benedita apprit vite. Sa force \u00e9tait brute, mais elle avait de l\u2019instinct. Elle frappait avec la rage accumul\u00e9e de vingt-trois ann\u00e9es de violence, de cha\u00eenes, de faim et d\u2019humiliation.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, cette col\u00e8re changea de forme. Elle cessa d\u2019\u00eatre une explosion aveugle. Elle devint du mouvement, de la pr\u00e9cision, une \u00e9nergie ma\u00eetris\u00e9e.<\/p>\n<p>Chaque jour, Benedita s\u2019entra\u00eenait cinq heures, puis retournait travailler \u00e0 la fazenda pour maintenir les apparences. Les mois pass\u00e8rent. Son corps se renfor\u00e7a, ses gestes devinrent plus nets, sa posture plus s\u00fbre.<\/p>\n<p>En septembre, \u00e0 trois mois du tournoi, Joaquim d\u00e9cida de la tester. Il monta face \u00e0 elle pour une simulation.<\/p>\n<p>Elle le mit \u00e0 terre en dix secondes.<\/p>\n<p>Joaquim se releva en riant, malgr\u00e9 le sang dans sa bouche, et lui dit qu\u2019elle \u00e9tait pr\u00eate.<\/p>\n<p>Le tournoi de d\u00e9cembre<br \/>\nLe tournoi eut lieu la premi\u00e8re semaine de d\u00e9cembre. La quinta du baron de Ara\u00fajo \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9e comme pour une f\u00eate : lanternes color\u00e9es, tables garnies, musique en direct. Au centre, un ring de bois attirait tous les regards.<\/p>\n<p>Eduarda de Ara\u00fajo, fille du baron, observait depuis la loge principale, v\u00eatue de rouge, le regard vif et tranchant.<\/p>\n<p>Quand Joaquim arriva avec Benedita, les rires recommenc\u00e8rent. Cette femme achet\u00e9e pour presque rien allait affronter des hommes entra\u00een\u00e9s. Personne ne la prenait au s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>Joaquim paya pourtant les frais d\u2019inscription avec ses derniers centimes.<\/p>\n<p>Le premier combat opposa Benedita \u00e0 un boucher de Barra Mansa, un homme de 120 kg, au cou \u00e9pais et aux poings lourds. La foule pariait sur lui.<\/p>\n<p>Benedita entra pieds nus, v\u00eatue d\u2019un pantalon de lin et d\u2019une chemise blanche nou\u00e9e \u00e0 la taille. Pas de gants, pas de protection. Seulement son corps, sa technique et la col\u00e8re de toute une vie.<\/p>\n<p>Le boucher attaqua. Elle esquiva, tourna le corps et envoya un crochet dans ses c\u00f4tes. Le bruit de l\u2019os qui c\u00e8de r\u00e9sonna. L\u2019homme tomba \u00e0 genoux, incapable de respirer.<br \/>\nLa combattante que personne n\u2019attendait<br \/>\nLe deuxi\u00e8me adversaire \u00e9tait un capoeiriste du Rec\u00f4ncavo, rapide, agile et dangereux. Il tourna autour d\u2019elle, multiplia les balayages et les coups de pied. Benedita encaissa, observa, chercha le rythme.<\/p>\n<p>Quand elle le trouva, elle avan\u00e7a comme une force lanc\u00e9e. Un coup au menton suffit \u00e0 l\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me combat fut plus difficile. Son adversaire, un ancien soldat de la guerre du Prata, \u00e9tait technique, exp\u00e9riment\u00e9 et cruel. Le combat dura quatre minutes. Il lui cassa le nez. Elle lui brisa trois c\u00f4tes et l\u2019emporta aux points.<\/p>\n<p>En finale, le soleil se couchait. Benedita saignait et tenait \u00e0 peine debout, mais elle \u00e9tait toujours l\u00e0.<\/p>\n<p>Face \u00e0 elle se trouvait Tom\u00e1s, un homme immense de 2,10 m et 150 kg, fils d\u2019un trafiquant de personnes. Il avait tu\u00e9 six hommes dans des combats clandestins.<\/p>\n<p>Eduarda de Ara\u00fajo descendit pr\u00e8s du ring et demanda \u00e0 Benedita si elle \u00e9tait courageuse ou folle. Puis elle ajouta qu\u2019elle voulait l\u2019engager si elle gagnait.<\/p>\n<p>Benedita cracha du sang au sol et r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas \u00e0 vendre. \u00bb<\/p>\n<p>Le dernier combat<br \/>\nTom\u00e1s frappait avec une violence \u00e9crasante. Chacun de ses coups semblait capable de finir le combat. Benedita esquivait, r\u00e9pondait, mais la fatigue ralentissait ses mouvements.<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me assaut, Tom\u00e1s la toucha d\u2019un uppercut qui l\u2019envoya contre les cordes. Elle tomba.<\/p>\n<p>La foule explosa.<\/p>\n<p>Au bord du ring, Joaquim cria :<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e8ve-toi ! Pour Vicente, pour ta libert\u00e9, l\u00e8ve-toi ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 travers la douleur, Benedita entendit sa voix. Elle pensa aux cha\u00eenes, aux quatre propri\u00e9t\u00e9s, aux contrema\u00eetres, aux nuits pass\u00e9es attach\u00e9e. Quelque chose en elle se redressa avant m\u00eame que son corps ne suive.<\/p>\n<p>Elle se releva.<\/p>\n<p>Tom\u00e1s avan\u00e7a pour l\u2019achever. Benedita attendit le dernier instant, puis rassembla toute la force qui lui restait dans un coup ascendant au menton.<\/p>\n<p>Tom\u00e1s se figea, ses yeux se retourn\u00e8rent, puis il s\u2019effondra comme une montagne.<\/p>\n<p>La foule resta muette, avant d\u2019\u00e9clater en cris, en applaudissements et en stupeur.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 gagn\u00e9e<br \/>\nJoaquim monta dans le ring et serra Benedita dans ses bras. Elle tenait \u00e0 peine debout.<\/p>\n<p>Eduarda revint avec une bourse de cuir. Elle remit les 100 contos \u00e0 Joaquim. Celui-ci les compta, puis donna imm\u00e9diatement la moiti\u00e9 \u00e0 Benedita.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait sa part, comme promis.<\/p>\n<p>Le lendemain, Joaquim devait signer sa lettre d\u2019affranchissement au cart\u00f3rio. Benedita allait devenir libre.<\/p>\n<p>Elle lui demanda pourquoi il avait fait cela.<\/p>\n<p>Joaquim r\u00e9pondit simplement qu\u2019elle m\u00e9ritait une chance, et que lui aussi avait eu besoin d\u2019elle. Ils s\u2019\u00e9taient sauv\u00e9s l\u2019un l\u2019autre.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019elle fit de sa libert\u00e9<br \/>\nTrois mois plus tard, Benedita quitta Vassouras avec 50 contos, des v\u00eatements neufs et une lettre d\u2019affranchissement sign\u00e9e. Joaquim paya sa dette et r\u00e9nova sa quinta.<\/p>\n<p>Ils ne se revirent jamais.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p>Trente ans plus tard, lorsque Joaquim mourut de vieillesse, paisiblement dans son lit, on trouva une lettre sur sa table de chevet. Elle venait de Benedita.<\/p>\n<p>Elle avait ouvert une \u00e9cole \u00e0 Salvador. Elle y enseignait aux filles \u00e0 se battre, \u00e0 lire et \u00e0 survivre.<\/p>\n<p>La lettre disait simplement :<\/p>\n<p>\u00ab Merci de m\u2019avoir vue quand plus personne ne me voyait. Vous m\u2019avez donn\u00e9 plus que la libert\u00e9 : vous m\u2019avez rendue \u00e0 moi-m\u00eame. \u00bb<br \/>\nLa combattante que personne n\u2019attendait<br \/>\nLe deuxi\u00e8me adversaire \u00e9tait un capoeiriste du Rec\u00f4ncavo, rapide, agile et dangereux. Il tourna autour d\u2019elle, multiplia les balayages et les coups de pied. Benedita encaissa, observa, chercha le rythme.<\/p>\n<p>Quand elle le trouva, elle avan\u00e7a comme une force lanc\u00e9e. Un coup au menton suffit \u00e0 l\u2019arr\u00eater.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me combat fut plus difficile. Son adversaire, un ancien soldat de la guerre du Prata, \u00e9tait technique, exp\u00e9riment\u00e9 et cruel. Le combat dura quatre minutes. Il lui cassa le nez. Elle lui brisa trois c\u00f4tes et l\u2019emporta aux points.<\/p>\n<p>En finale, le soleil se couchait. Benedita saignait et tenait \u00e0 peine debout, mais elle \u00e9tait toujours l\u00e0.<\/p>\n<p>Face \u00e0 elle se trouvait Tom\u00e1s, un homme immense de 2,10 m et 150 kg, fils d\u2019un trafiquant de personnes. Il avait tu\u00e9 six hommes dans des combats clandestins.<\/p>\n<p>Eduarda de Ara\u00fajo descendit pr\u00e8s du ring et demanda \u00e0 Benedita si elle \u00e9tait courageuse ou folle. Puis elle ajouta qu\u2019elle voulait l\u2019engager si elle gagnait.<\/p>\n<p>Benedita cracha du sang au sol et r\u00e9pondit :<\/p>\n<p>\u00ab Je ne suis pas \u00e0 vendre. \u00bb<\/p>\n<p>Le dernier combat<br \/>\nTom\u00e1s frappait avec une violence \u00e9crasante. Chacun de ses coups semblait capable de finir le combat. Benedita esquivait, r\u00e9pondait, mais la fatigue ralentissait ses mouvements.<\/p>\n<p>Au troisi\u00e8me assaut, Tom\u00e1s la toucha d\u2019un uppercut qui l\u2019envoya contre les cordes. Elle tomba.<\/p>\n<p>La foule explosa.<\/p>\n<p>Au bord du ring, Joaquim cria :<\/p>\n<p>\u00ab L\u00e8ve-toi ! Pour Vicente, pour ta libert\u00e9, l\u00e8ve-toi ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 travers la douleur, Benedita entendit sa voix. Elle pensa aux cha\u00eenes, aux quatre propri\u00e9t\u00e9s, aux contrema\u00eetres, aux nuits pass\u00e9es attach\u00e9e. Quelque chose en elle se redressa avant m\u00eame que son corps ne suive.<\/p>\n<p>Elle se releva.<\/p>\n<p>Tom\u00e1s avan\u00e7a pour l\u2019achever. Benedita attendit le dernier instant, puis rassembla toute la force qui lui restait dans un coup ascendant au menton.<\/p>\n<p>Tom\u00e1s se figea, ses yeux se retourn\u00e8rent, puis il s\u2019effondra comme une montagne.<\/p>\n<p>La foule resta muette, avant d\u2019\u00e9clater en cris, en applaudissements et en stupeur.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 gagn\u00e9e<br \/>\nJoaquim monta dans le ring et serra Benedita dans ses bras. Elle tenait \u00e0 peine debout.<\/p>\n<p>Eduarda revint avec une bourse de cuir. Elle remit les 100 contos \u00e0 Joaquim. Celui-ci les compta, puis donna imm\u00e9diatement la moiti\u00e9 \u00e0 Benedita.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait sa part, comme promis.<\/p>\n<p>Le lendemain, Joaquim devait signer sa lettre d\u2019affranchissement au cart\u00f3rio. Benedita allait devenir libre.<\/p>\n<p>Elle lui demanda pourquoi il avait fait cela.<\/p>\n<p>Joaquim r\u00e9pondit simplement qu\u2019elle m\u00e9ritait une chance, et que lui aussi avait eu besoin d\u2019elle. Ils s\u2019\u00e9taient sauv\u00e9s l\u2019un l\u2019autre.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019elle fit de sa libert\u00e9<br \/>\nTrois mois plus tard, Benedita quitta Vassouras avec 50 contos, des v\u00eatements neufs et une lettre d\u2019affranchissement sign\u00e9e. Joaquim paya sa dette et r\u00e9nova sa quinta.<\/p>\n<p>Ils ne se revirent jamais.<\/p>\n<p>Trente ans plus tard, lorsque Joaquim mourut de vieillesse, paisiblement dans son lit, on trouva une lettre sur sa table de chevet. Elle venait de Benedita.<\/p>\n<p>Elle avait ouvert une \u00e9cole \u00e0 Salvador. Elle y enseignait aux filles \u00e0 se battre, \u00e0 lire et \u00e0 survivre.<\/p>\n<p>La lettre disait simplement :<\/p>\n<p>\u00ab Merci de m\u2019avoir vue quand plus personne ne me voyait. Vous m\u2019avez donn\u00e9 plus que la libert\u00e9 : vous m\u2019avez rendue \u00e0 moi-m\u00eame.<\/p>\n<p><!--nextpage--><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout le monde a ri lorsqu\u2019un agriculteur a pay\u00e9 seulement sept centimes pour une femme de pr\u00e8s de deux m\u00e8tres,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1550,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1549","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1549","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1549"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1549\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1551,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1549\/revisions\/1551"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1550"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1549"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1549"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/recipelab.delicedcook.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1549"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}